Gestion d’actifs : Vers une succession opportuniste des moteurs de performance
La profusion de liquidités déversée par les banques centrales soutient certes les marchés, mais accroît parallèlement le risque d’un retournement brutal, dans un contexte économique toujours tendu. En l’absence de tendance lourde, c’est d’une gestion dynamique, fondée sur deux moteurs de performance bien distincts, actionnés successivement et de façon opportuniste selon les phases de marché (indexation dans les marchés haussiers et gestion active et débenchmarkée lors des phases de baisse), dont les investisseurs ont désormais besoin.
Voilà déjà plus d’un an que les marchés financiers évoluent selon des considérations essentiellement techniques et psychologiques, souvent en dépit de toute rationalité économique. A une chute généralisée dictée par la peur d’une implosion du secteur bancaire avec la fin du monde en toile de fond s’est substitué un vent d’euphorie non moins surprenant. Pour un investisseur fondant ses décisions d’investissement sur une analyse économique raisonnée, l’amplitude de ces mouvements a de quoi laisser perplexe. Passons brièvement en revue les fondamentaux de quelques marchés. Les Etats-Unis ? Si l’immobilier résidentiel s’est enfin stabilisé, l’agence Moody’s s’attend à une poursuite de la dépréciation de l’immobilier commercial, qui a déjà perdu 41% de sa valeur. Quant au chômage, sa progression pèse de tout son poids sur une consommation déjà pénalisée par la reconstitution de l’épargne des ménages. La Chine ? Si l’ampleur du plan d’investissement public annoncé a au moins partiellement pris le relais d’une consommation occidentale en berne, la vigueur de la croissance locale fait de nouveau resurgir les craintes d’une bulle. Le pétrole ? La demande mondiale est résolument léthargique. Quant aux matières premières agricoles, pourtant une des rares classes d’actifs à justifier une revalorisation du fait de la faiblesse des récoltes, elles ne cessent de se déprécier ! Et la liste est encore longue de ces marchés dont la valorisation s’est déconnectée de leur environnement économique réel.
En clair, les investisseurs veulent croire à une sortie de crise qui profiterait à l’ensemble des classes d’actifs et soutiendrait durablement les cours. Entre les bonnes nouvelles et les moins bonnes, ils accordent donc un crédit croissant aux premières (comptes trimestriels globalement favorables des grands groupes cotés, sortie de récession des grandes économies occidentales, rebond de la production automobile…), bien contents de pouvoir placer à bon compte les monceaux de liquidités à leur disposition. Car c’est bien là que résident les raisons de cette dichotomie entre l’économie réelle et son reflet déformé sur les marchés financiers : en déversant des trombes de liquidité quasiment gratuites dans l’espoir de redonner aux banques le goût du crédit, les banques centrales ont surtout redonné le goût du risque aux investisseurs. Au risque de recréer les conditions d’une nouvelle rechute, comme pourrait le laisser présager le nouveau statut du dollar, soudainement propulsé comme la nouvelle devise de financement des opérations spéculatives mondiales.
Jusque là, tout va bien. Mues par des moteurs psychologiques et techniques porteurs, les tendances haussières actuelles peuvent encore tenir plusieurs mois. Mais celles-ci peuvent tout aussi bien déraper à la moindre alerte, sonnant l’heure d’un mouvement massif de prises de bénéfices. Que faire donc ? Tiraillé entre la peur de rater le train de la hausse et le risque se faire piéger une nouvelle fois, les investisseurs doivent veiller à ne pas rester exposés aux marchés d’une façon trop linéaire. Ils doivent au contraire adopter une gestion asymétrique, en tentant de capter les hausses tout en verrouillant leurs portefeuilles à la baisse, toutes classes d’actif confondues. De ce point de vue, les fonds indiciels, qu’ils soient cotés ou non, ne sont adaptés qu’aux investisseurs menant une gestion résolument dynamique de leur portefeuille. Les investisseurs à long terme, quant à eux, doivent allouer une part croissante de leur allocation dans des fonds qui offrent une indexation, mais qui savent parallèlement s’en soustraire avec suffisamment de réactivité, voire de proactivité, pour se prémunir de la brutalité des phases de rechute. C’est donc d’une gestion réellement dynamique, fondée sur deux moteurs de performance bien distincts, actionnés successivement et de façon opportuniste selon les phases de marché (indexation dans les marchés haussiers et gestion active, totalement débenchmarkée lors des phases de baisse), dont les investisseurs ont désormais besoin. Ces fonds d’un genre nouveau existent. Leur place dans les portefeuilles est structurelle et durable.
Médéric de Vasselot, PDG de Prim’Finance