Comptes gérés : Une alternative aux fonds… sous certaines conditions

Affaire Madoff, disparition soudaine de la liquidité sur certaines stratégies, fermeture de fonds pendant des durées indéterminées… L’année 2008 a indistinctement terni l’image de l’ensemble de la gestion alternative, en dépit de l’excellente tenue au cours de cet exercice des performances de plusieurs types de stratégies, comme les CTA. Comment, dans ce nouveau contexte de défiance, profiter des vertus toujours réelles que continue d’offrir la gestion alternative en matière de décorrélation, sans encourir ces risques opérationnels devenus décisifs dans les choix d’investissement ?

La réponse à ce dilemme passe de plus en plus par les plateformes de comptes gérés. Définition : un compte géré est un compte sur lequel un investisseur confie à un gérant un mandat consistant à exécuter le même programme d’investissement qu’un fonds préalablement identifié géré par ce même gérant.

Les avantages de ces outils sont nombreux. Seul titulaire du compte sur lequel les titres sont placés, l’investisseur est directement exposé sur les actifs sous-jacents, et non indirectement via les parts d’un fonds. Il en connaît donc les positions précises en temps réel et en toute transparence. Surtout, le promoteur de la plateforme veille scrupuleusement pour le compte de l’investisseur à l’adéquation entre la gestion effectivement constatée au jour-lejour et les spécificités contractuelles des programmes d’investissement. Cette délégation de la surveillance permet une transparence optimale et limite au final les risques de fraude. Ces outils sont aussi très utiles pour les multigérants, qui peuvent mettre en place une gestion dynamique de leurs allocations. Enfin, en substituant une due diligence unique (auprès de la plateforme) à celles censées être effectuées auprès des sociétés de gestion, de leurs prime brokers, ou encore de leurs dépositaires, un compte géré permet d’économiser des ressources importantes à l’investisseur.

Si ces plateformes de comptes gérés existent de longue date, l’environnement de marché actuel et la forte progression de l’aversion des investisseurs vis-à-vis du risque en ont démultiplié l’intérêt par rapport à un investissement direct dans les fonds, suscitant l’apparition d’une myriade de nouveaux acteurs depuis le début de la crise et favorisant l’accès des investisseurs à de nouveaux gérants et à des stratégies inédites.

Bien réels, ces avantages ont toutefois des contreparties. Comme toujours en finance, la réduction du risque (opérationnel, ici) se paye par une moindre performance. Si l’amélioration incessante des technologies permet une gestion efficace d’un programme sur plusieurs plateformes au moindre coût, les plateformes continuent en effet de nécessiter des ressources importantes, à la fois en matière d’infrastructure technique et de surveillance active. Les restrictions apportées par la structure et l’organisation de ces plateformes altèrent par ailleurs forcément le profil des programmes d’investissement, provoquant une sous-performance mécanique par rapport aux fonds sous-jacents. Par ailleurs, la surveillance des expositions du portefeuille par le promoteur de la plate-forme peut donner un sentiment trompeur de sécurité et amener les investisseurs à sous-estimer les risques de marché auxquels ils sont exposés.

En d’autres termes, de forts drawdowns restent autant possibles sur un compte géré qu’au sein d’un fonds. En outre, à l’inverse d’un fonds, un compte géré n’a pas de track record. La mise en place d’un compte géré nécessitant une organisation spécifique avec les prime brokers et des contraintes propres en matière d’exécution, l’analyse des performances passées du fonds sous-jacent risque de délivrer une image tronquée de la réalité du programme d’investissement effectivement réalisé sur le compte géré. Enfin, l’utilisation d’une plateforme implique de déléguer la responsabilité de la surveillance de l’ensemble des composantes de ses investissements à un acteur tiers unique. Ces outils ne doivent donc pas dispenser d’effectuer une due diligence poussée et aboutie auprès de cette plateforme.

Ce n’est pas tout. Pas toujours optimale pour un investisseur donné, l’utilisation trop fréquente de ces outils n’est pas non plus souhaitable pour la communauté des investisseurs dans son ensemble. En ligne de mire, une réorientation massive des flux de capitaux vers les comptes gérés atténuerait la pertinence des track records des fonds sous-jacents, des indices de marché et d’une façon générale, de tout benchmark. En clair, une utilisation exclusive de ces outils impliquerait la disparition d’une transparence qu’elle est justement censée apporter !

Pour toutes ces raisons, les plateformes de comptes gérés ne sont pas la solution à tous les problèmes. Elles sont tantôt une alternative pertinente aux fonds traditionnels, tantôt non : tout dépend des contraintes propres à l’investisseur. Au fond, le principal enjeu est davantage la sélection de la bonne stratégie et surtout, du bon gérant, que la forme technique et contractuelle du placement.

François Bonnin, PDG et associé gérant de John Locke Investments

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